États-Unis: un nouvel État adopte une loi restreignant l’avortement

Par Le Figaro avec AFP

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À Los Angeles, des activistes brandissent les portraits de femmes mortes faute d’avoir pu bénéficier du droit à l’avortement. FREDERIC J. BROWN / AFP

Le texte adopté dans l’Idaho permet à un violeur de porter plainte contre la clinique ou le médecin qui a pratiqué l”interruption de grossesse.

Un nouvel État américain, l’Idaho, a adopté une loi autorisant les poursuites civiles contre les professionnels de santé pratiquant des interruptions volontaires de grossesse (IVG), dernier épisode d’une vaste offensive conservatrice pour rogner le droit à l’avortement dans le pays. Cette loi, signée mercredi par le gouverneur, permet aux familles de femmes ayant subi une IVG – ainsi qu’aux pères du fœtus, même s’il est le résultat d’un viol – de porter plainte contre les cliniques ou médecins qui ont effectué l’intervention. Elle est calquée sur une loi similaire qui a suscité une vive controverse au Texas.

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Le gouverneur de l’Idaho, Brad Little, s’est revendiqué comme un ardent défenseur des droits des «bébés à naître» mais s’est inquiété que cette loi, qui revient «à déléguer le pouvoir à des citoyens privés d’imposer de lourdes amendes (…) dans le but d’échapper à l’examen des tribunaux» ne soit déclarée contraire à la Constitution des États-Unis. Une telle démarche sape les institutions et «affaiblit nos libertés collectives», met-il en garde dans une lettre adressée aux parlementaires locaux. Reprenant à son compte les arguments des détracteurs de la loi texane, le gouverneur Little relève que ce type de lois pourrait finir par se retourner contre d’autres droits chers aux conservateurs, comme celui de posséder et porter une arme à feu.

Au cours des six derniers mois, la loi du Texas a eu des effets profondément négatifs, forçant des femmes à parcourir des centaines de kilomètres pour avoir accès à des soins. »

Jen Psaki, porte-parole de la Maison Blanche

La nouvelle loi a été dénoncée par les défenseurs des droits humains aussi bien que par la Maison Blanche. «Les législateurs se sont ouvertement vantés de cette loi comme un moyen «malin» de limiter l’accès à l’avortement» en contournant la justice, a ainsi déclaré Lauren Bramwell, d’une puissante organisation de défense des droits civiques, dénonçant un texte «irresponsable et aux motivations politiques qui va faire du mal».

La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a qualifié la loi texane et ses émules de tentative grossière de remettre en cause la décision de la Cour suprême, l’emblématique arrêt «Roe v. Wade» de 1973, qui garantit le droit des femmes à avorter pendant les deux premiers trimestres de grossesse. «Au cours des six derniers mois, la loi du Texas a eu des effets profondément négatifs, forçant des femmes à parcourir des centaines de kilomètres pour avoir accès à des soins», a-t-elle fustigé, relevant que l’impact de telles lois était particulièrement fort sur les femmes ayant des revenus faibles et vivant dans des zones rurales.

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Restrictives ou au contraire protectrices, des propositions de loi sur l’avortement déferlent par centaines sur les parlements des États américains en prévision d’une décision de la Cour suprême susceptible de bouleverser le cadre légal en vigueur depuis près de 50 ans aux États-Unis. Au total, 1.844 mesures liées à la contraception et à l’avortement ont été introduites dans 46 États entre le 1er janvier et le 15 mars, a décompté l’institut de recherches Guttmacher, qui milite pour le droit des femmes à contrôler leur corps.