Guerre en Ukraine: Moscou poursuit sa stratégie d’asphyxie des villes

L’armée russe progresse lentement pour assiéger les cités de l’est de l’Ukraine, faisant craindre des assauts violents comme en Tchétchénie et en Syrie.

Les sirènes ont résonné vendredi matin dans Kiev où l’offensive russe semble s’intensifier. Plus d’une douzaine d’explosions, sans doute dues à des tirs de missiles, ont été entendues dans le centre de la capitale et dans ses environs. Borshchahivka, une banlieue à 18 kilomètres de la ville, a été touchée, sans faire de victimes. À Chaika, à l’ouest de Kiev, une frappe a détruit un vaste complexe vendredi après-midi, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. À une soixantaine de kilomètres au nord, Tchernihiv a été intensément bombardée jeudi et plusieurs zones résidentielles ont été atteintes. Les autorités locales ont publié un bilan de 47 morts.

Plus à l’est, les troupes russes qui ont passé Kharkiv par le nord font peser un siège à plusieurs cités. La situation est ainsi devenue «un enfer» à Akhtyrka, et «critique» à Soumy, d’après des témoignages recueillis par l’AFP. Au sud-est, le port de Marioupol, sur la mer d’Azov, serait sous un blocus complet, affirme son maire Vadym Boychenko, qui ajoute que les vivres manquent. «On veut nous détruire», a-t-il dit dans un appel. L’électricité, l’eau, internet et le réseau de téléphone mobile y sont très largement coupés, rendant très délicates les informations sur la ville. Les autorités régionales indiquent ne plus disposer «d’aucune communication», et les populations apparaissent pour l’instant prises au piège. À l’ouest de la Crimée, après s’être emparées de Kherson mercredi, les troupes russes ont tenté d’entrer dans Mykolaïv, mais auraient été repoussées vendredi soir.

À lire aussi James Acton: «Il faut garder à l’esprit la possibilité d’une escalade nucléaire»

Les «couloirs humanitaires», que des négociateurs russes et ukrainiens sont convenus d’organiser lors de pourparlers jeudi, ne sont pas encore concrétisés. «Aucun document n’a été signé», a expliqué un porte-parole du Kremlin. Berlin a assuré qu’un nouveau round de négociations entre Kiev et Moscou se tiendrait ce week-end. Sans véritable chance de percée.

Aucun signe d’apaisement

Dans des déclarations à la télévision russe jeudi, le président Vladimir Poutine n’a donné aucun signe d’apaisement malgré son isolement. Il a salué le courage des soldats russes qui combattent contre «des néonazis» et «des mercenaires étrangers» qui utilisent les civils comme «boucliers humains».

Nous ne cherchons pas le conflit. Nous sommes une alliance défensive et nous défendrons ­notre territoire

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken.

Moscou a d’ailleurs subi, vendredi, un nouveau camouflet diplomatique au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Une résolution en faveur d’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits humains en Ukraine a été adoptée par 32 votes pour, 2 contre et 13 abstentions.

À lire aussiVladimir Poutine menace l’Europe d’un désastre atomique

Reste que si l’Otan a condamné vendredi les bombardements «irresponsables» des forces russes, notamment d’une centrale nucléaire, elle s’est refusée à imposer une zone d’exclusion aérienne réclamée avec constance depuis plusieurs jours par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. «L’Otan ne veut pas être engagée dans le conflit», a réaffirmé son secrétaire général, Jens Stoltenberg, au début d’une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance, convoquée vendredi. «Une zone d’exclusion aérienne est une mesure offensive, donc un acte de guerre», a précisé un diplomate de l’Otan. «Nous ne cherchons pas le conflit. Nous sommes une alliance défensive et nous défendrons notre territoire», a confirmé le secrétaire d’État américain, Antony Blinken.