Guerre en Ukraine : qu’est-ce qu’une bombe au phosphore ?

FOCUS – Kiev a accusé la Russie d’utiliser ces armes incendiaires, dont l’usage est interdit contre des civils, mais pas contre des cibles militaires.

Les bombes au phosphore, que la Russie est accusée par Kiev d’utiliser en Ukraine, sont des armes incendiaires dont l’usage est interdit contre des civils mais pas contre des cibles militaires, selon une convention internationale.

À lire aussiGuerre en Ukraine : l’offensive russe s’enlise-t-elle vraiment ?

Ces bombes au phosphore, qui laissent des traînées blanches dans le ciel, auraient frappé une localité de la région de Lougansk, selon des responsables ukrainiens de ces régions de l’Est. Une accusation relayée jeudi par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Cette information était invérifiable dans l’immédiat.

«La Russie n’a jamais violé aucune convention internationale», a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé par la presse sur ce sujet.

À VOIR AUSSI – Zelensky accuse la Russie d’utiliser des bombes au phosphore en Ukraine

Bombe incendiaire, pas chimique

Les bombes au phosphore blanc ne sont pas des armes chimiques, dont l’usage est interdit par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) entrée en vigueur en 1997. Elles entrent dans la catégorie des armes incendiaires. Leur utilisation est codifiée par le protocole III de la Convention sur certaines armes classiques (CCAC) entrée en vigueur en décembre 1983, qui restreint leur emploi mais sans les interdire totalement.

À lire aussiArmes chimiques : de quoi parle-t-on ?

Ce type d’armes «est interdit en toutes circonstances» contre les populations civiles, stipule ce protocole. Les armes incendiaires sont également interdites contre des cibles militaires lorsqu’elles sont proches de populations civiles. Mais ce protocole ne concerne pas le phosphore blanc lorsqu’il est utilisé pour ses propriétés fumigènes ou bien éclairantes.

La Fédération de Russie et l’Ukraine sont considérés comme signataires de ce protocole III depuis 1982 (du temps de l’URSS). Le phosphore, qui s’enflamme au contact de l’air, «n’est pas classé comme une arme chimique, on parle d’un équipement qui est à la disposition de beaucoup d’armées dans le monde», selon Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, interrogé jeudi sur la chaîne française LCI.

À lire aussiUkraine: des psys déployés pour apaiser les traumatismes de la guerre

Son utilisation peut servir d’écran de fumée pour masquer des mouvements de troupes, éclairer le champ de bataille ou encore ravager par l’incendie des infrastructures. Mais, quand elle touche des civils, elle peut «provoquer des dégâts absolument effroyables, des brûlures extrêmement importantes», souligne l’expert.

Apparues avec la Grande Guerre

Les bombes incendiaires commencent à être utilisées massivement durant le Première Guerre mondiale, parallèlement à la naissance de l’aviation militaire. Le 31 mai 1915, pour la toute première fois, une attaque aérienne utilisant des bombes incendiaires est menée sur Londres avec un dirigeable allemand Zeppelin.

Des obus au phosphore blanc ont été largement utilisés durant la Seconde Guerre mondiale, surtout par l’armée américaine sur le sol européen, en particulier contre les troupes blindées allemandes.

Autre type de munition incendiaire célèbre, les bombes au napalm, à base d’essence gélifiée, inventées en 1942, sont surtout connues pour avoir été utilisées par l’armée américaine au Vietnam contre la guérilla menée par l’armée vietcong, faisant un nombre élevé de victimes civiles. L’armée française a aussi utilisé le napalm durant la Guerre d’Indochine, en particulier durant la Bataille de Vinh Yen en 1951.

Emploi en Irak et en Syrie

Plus récemment, l’armée américaine a été accusée d’avoir utilisé des bombes au phosphore blanc durant une offensive sur Falloujah en novembre 2004 malgré la présence de nombreux civils dans cette ville irakienne, soupçonnée de servir de base arrière à des groupes terroristes.

Le chef d’état-major américain Peter Pace avait, après coup, jugé «légitime» l’usage de bombes à phosphore blanc contre des insurgés en Irak. «Le phosphore blanc est un moyen légitime pour l’armée», avait expliqué en novembre 2005 le haut gradé. «Ce n’est pas une arme chimique. C’est une arme incendiaire. Cela rentre dans le cadre du droit de la guerre d’utiliser ces armes».

L’armée israélienne a été accusée d’utiliser des bombes au phosphore en janvier 2009 à Gaza par le directeur de l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa) John Ging.

L’armée russe a été accusée en mars 2018 par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) d’avoir utilisé des bombes incendiaires en Syrie lors de l’offensive du régime de Bachar al-Assad, contre un bastion rebelle de la Ghouta orientale près de Damas. Moscou avait démenti.

L’armée ukrainienne a, elle aussi, été accusée par la Russie d’avoir utilisé des munitions au phosphore en juin 2014 durant la Guerre du Donbass.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont également accusés mutuellement d’avoir bombardé des zones civiles, ou employé des armes prohibées contenant du phosphore lors des combats au Nagorny Karabakh en 2020.

À VOIR AUSSI – Ukraine: les images du centre commercial bombardé à Kiev