Jean Patry, l’avenir (et le présent) doré du volley français

Fils d’un ancien international, Christophe Patry, le pointu s’est imposé à 24 ans comme le titulaire d’une équipe de France championne olympique. Découverte d’un talent très précoce.

Le 7 août dernier, dans l’Arena d’Ariake, l’équipe de France de volley a décroché le premier titre olympique de son histoire en dominant en cinq sets l’ogre russe (25-23, 25-17, 21-25, 21-25, 15-12). Avec comme pointu (l’attaquant numéro 1) titulaire un jeune homme de 24 ans, Jean Patry, véritable phénomène de précocité à un poste qui, traditionnellement, demande du temps pour arriver à maturité. La preuve dans le camp d’en face avec Maxim Mikhaylov, le pointu russe accusant 33 printemps. Tout un symbole. Mais inutile de compter sur le principal intéressé pour se mettre en avant. «J’ai la chance surtout d’être bien entouré, par des partenaires qui m’ont fait confiance et qui m’ont mis dans les meilleures dispositions», confie-t-il au Figaro avant de s’envoler pour Tallin, en Estonie, où la France disputera son premier tour de l’Euro. «Que ce soit Benjamin (Toniutti) ou Antoine (Brizard), ils me mettent dans les meilleures conditions pour être performant. J’ai surtout conscience que nous avons une grosse équipe. Personnellement, c’est vrai que 24 ans est un âge assez jeune pour un pointu mais je suis porté par le collectif.»

Une précocité peut-être liée à un facteur génétique, son père, Christophe Patry, ayant été international à 25 reprises à la fin des années 1980. D’ailleurs, ce dernier confiait à L’Equipe, à propos de sa progéniture : «Jean a fait un peu de judo et du tennis, petit. Mais il dormait avec un ballon dans son lit. J’ai été son premier entraîneur, en lui faisant travailler la polyvalence, il a joué à tous les postes, sans vraiment point fort. C’était important qu’il fasse un peu de tout mais je n’ai compris qu’assez tard qu’il pouvait devenir pro. Il est beaucoup plus fort que moi. Il évolue dans une sphère que je ne connais pas.» De son côté, Jean confessait : «Je ne l’ai pas trop vu pendant mes vacances après les Jeux mais je sais qu’il a été très ému, dès notre victoire en demies d’ailleurs. Je crois qu’il est pire que moi, qu’il n’est toujours pas redescendu de son nuage et qu’il ne se rend pas compte de tout ça. Il me répète souvent à quel point il est fier et il va lui falloir un peu de temps pour redescendre de là-haut.»

À lire aussiJenia Grebennikov : «Je ne réalise toujours pas que je suis champion olympique»

Pour redescendre plus rapidement, Jean Patry, lui, peut compter sur le calendrier démentiel d’une discipline qui donne l’impression de marcher sur la tête. Ainsi, après la Ligue des Nations au mois de juin et les Jeux olympiques à cheval sur la fin juillet et début août, voici venu le temps de l’Euro de septembre. Une troisième grande compétition en l’espace d’un été. Démentiel. «Les vacances étaient nécessaires après tout ce qu’on a vécu cet été», lâchait sur le sujet le natif de Montpellier, conciliant. «Nous avions besoin de nous relâcher, de souffler et de penser à autre chose. Je réalise encore difficilement que je suis champion olympique. En plus, en enchaînant si vite avec cet Euro, je pense qu’il va nous falloir un peu plus de temps pour voir les retombées de ce titre et vraiment se rendre compte.» Avant d’ajouter : «Physiquement, on ne va pas se le cacher, ce sera compliqué avec des équipes qui seront plus fraîches que nous sur ce plan-là. Il faut qu’on joue notre jeu match après match, sans se focaliser plus que cela sur l’identité de notre adversaire. C’est ce qui nous a réussis aux Jeux et c’est ce que nous devons continuer à faire.»

C’est sûr que pour moi qui n’ai connu que Laurent Tillie comme sélectionneur, cela fait bizarre au début.

Jean Patry

Pour tenir le rythme et maintenir une motivation élevée au sein des troupes hexagonales, Patry estime que l’apport du nouveau staff, et l’arrivée au poste de sélectionneur du Brésilien Bernardinho en lieu et place de Laurent Tillie, pourrait s’avérer déterminant : «Le premier contact a été très bon. Bernardo essaie de parler français, ce qui montre son implication. C’est un entraîneur légendaire et je ne me fais aucun souci. C’est sûr que pour moi qui n’ai connu que Laurent Tillie comme sélectionneur, cela fait bizarre au début. Mais je pense que c’est nécessaire dans un groupe de passer à autre chose à un moment donné pour trouver une nouvelle source de motivation et créer une nouvelle dynamique. Ce que nous avons réalisé avec Laurent restera gravé à jamais, surtout avec ce titre olympique en guise de point final, et c’est bien de commencer un nouveau chapitre avec une nouvelle façon de s’entraîner et d’analyser les matches.»

Sans se mettre trop de pression sur cet Euro selon lui. «C’est plus une première phase de travail. Et un bonus aussi car notre objectif principal de l’été était les Jeux. Nous l’avons parfaitement rempli donc sur cet Euro, ce serait bien d’enchaîner en allant chercher une autre médaille. Cela appuierait un peu plus le volley, qui a pris une autre dimension aux yeux des gens lors des Jeux. Ce serait bien de surfer là-dessus en allant chercher un autre exploit. Mais il ne faut pas que nous nous mettions plus de pression que cela. Ce que nous avons réalisé à Tokyo était énorme et si cela ne se passe pas comme on le souhaiterait sur cet Euro, il ne faudra pas se tendre ni se crisper ou tout remettre en question.»

Je sais qu’il y aura des moments où je serais moins bon, où je sortirai du terrain, cela fait partie du jeu.

Jean Patry

Même chose pour lui : «Je dois essayer de m’améliorer sur tous les plans. Mentalement, j’ai effectué un gros travail ces dernières années et je veux continuer afin de trouver de la sérénité, de la confiance en moi, de la stabilité… Je pense y être arrivé sur les Jeux et je veux poursuivre dans cette voie. Je sais qu’il y aura des moments où je serais moins bon, où je sortirai du terrain, cela fait partie du jeu. Il faut être fort mentalement pour accepter que, tout simplement, on ne peut pas être au top tout le temps. Mais je ne me mets pas de pression. C’est ce que j’ai fait aux Jeux et c’est comme cela que j’ai trouvé une forme de sérénité qui m’a permis d’être bon.»