Kazakhstan : l’ancien chef de la sécurité arrêté pour trahison, la situation toujours tendue

Le pays est ébranlé depuis dimanche par une contestation qui a éclaté à la suite d’une hausse du prix du gaz. Vladimir Poutine et son homologue kazakh ont échangé au téléphone en vue de «rétablir l’ordre».

L’ancien chef de l’agence nationale de la sécurité du Kazakhstan a été arrêté pour trahison, après avoir été limogé à la suite des émeutes qui ont secoué le pays où la situation demeurait samedi très tendue.

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Le Kazakhstan, plus grand pays d’Asie centrale, est ébranlé par une contestation qui a éclaté dimanche dernier en province avant de s’étendre à d’autres villes et surtout à Almaty, la capitale économique, où les manifestations ont viré en émeutes chaotiques et meurtrières.

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokaïev ont eu une «longue» conversation téléphonique afin de discuter de la situation de crise au Kazakhstan, a annoncé samedi le Kremlin dans un communiqué. «Les présidents ont échangé leurs points de vue sur les mesures prises pour restaurer l’ordre au Kazakhstan», indique le communiqué, ajoutant que les deux dirigeants sont convenus de rester en contact «permanent».

Une enquête lancée pour haute trahison

Le Comité national de sécurité (KNB) a annoncé que son ancien directeur, Karim Massimov, 56 ans, avait été placé en détention jeudi après le lancement d’une enquête pour «haute trahison». La tension persistait samedi à Almaty où l’on entendait de temps en temps des tirs de semonce des forces de l’ordre pour empêcher des gens d’approcher de la place centrale, a constaté un journaliste de l’AFP.

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La voiture d’un retraité âgé de 68 ans, Leonïd Kiselïev, a été touchée par balle tôt le matin alors qu’elle passait à proximité des bâtiments officiels. «La situation était calme, donc j’ai sorti ma voiture», a déclaré dans la queue d’une station de service Leonid Kiselïev, visiblement choqué, montrant l’impact du projectile.

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De son côté, l’ex-président kazakh Noursoultan Nazarbaïev est sorti samedi de son silence pour appeler la population à soutenir le gouvernement et «lui permettre de surmonter cette crise et de garantir l’intégrité du pays», a écrit son porte-parole, Aidos Ukibay, sur Twitter. L’ancien dirigeant, âgé de 81 ans, a également mis en garde contre «des fausses informations», en référence aux rumeurs qui ont circulé dans certains médias kazakhs sur sa fuite présumée du pays.

C’est la première fois que l’ex-chef de l’Etat prend la parole depuis le début des émeutes meurtrières qui secouent le pays. Au-delà de la hausse des prix, la colère des manifestants est dirigée contre Noursoultan Nazarbaïev, resté dans l’ombre du pouvoir et qu’ils accusent de corruption.

Il a régné sur le pays de 1989 à 2019 et conserve une grande influence. Il est considéré comme le mentor du président actuel, Kassym-Jomart Tokaïev. Ce dernier a autorisé vendredi les forces de sécurité à «tirer pour tuer» afin d’étouffer toute rébellion et, fort de l’appui de la Russie, a exclu de négocier avec les manifestants.

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Un contingent de troupes russes et d’autres pays alliés de Moscou sont arrivées jeudi au Kazakhstan pour appuyer le pouvoir en place en protégeant les bâtiments stratégiques et en épaulant les forces de l’ordre.

Plus de 4000 personnes arrêtées

Les troubles qui secouent ce pays de 19 millions d’habitants préoccupent les pays occidentaux. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président français Emmanuel Macron ont ainsi appelé vendredi à la «fin de la violence» et à la «retenue».

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Le président chinois Xi Jinping a salué, lui, les «mesures fortes» prises par le président kazakh. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a prévenu vendredi qu’il serait «très difficile» d’obtenir le retrait des troupes russes.

L’opposant kazakh Moukhtar Abliazov, réfugié politique en France, a assuré vendredi à l’AFP qu’une «révolution» était en marche dans son pays et a dénoncé l’«occupation» du Kazakhstan par les forces de Moscou. Signe que la situation n’était pas revenue à la normale, l’aéroport d’Almaty a indiqué qu’il resterait fermé au moins jusqu’à dimanche.

Les autorités ont affirmé que 26 «criminels armés» avaient été tués et plus d’un millier de manifestants blessés, les forces de l’ordre faisant état par ailleurs de 18 tués et 748 blessés dans leurs rangs. Plus de 4.000 personnes ont été arrêtées. Ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.

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