Le gouvernement polonais veut un état d’urgence à la frontière avec la Biélorussie

Le gouvernement polonais a demandé mardi 31 août au président de proclamer un état d’urgence à la frontière avec la Biélorussie, de crainte d’un flux massif de migrants et d’un prochain exercice militaire russe.

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Des milliers de migrants, pour la plupart originaires du Moyen-Orient, ont franchi la frontière bélarusso-européenne ces derniers mois, l’UE y soupçonnant une forme de représailles du régime de Minsk face aux sanctions européennes.

Limiter l’accès à la frontière aux médias et ONG

«Le conseil des ministres a décidé aujourd’hui de demander au président d’instaurer pour 30 jours un état d’urgence» dans 183 villes et villages situés le long de la frontière, a indiqué aux journalistes le premier ministre Mateusz Morawiecki. «Il faut prévenir les opérations hybrides agressives qui suivent le scénario écrit à Minsk et chez les protecteurs (du président bélarusse Alexandre) Loukachenko», a-t-il déclaré.

Lors d’un état d’urgence, les manifestations en tout genre sont interdites sur le territoire concerné. Toute personne s’y trouvant doit être munie d’une pièce d’identité et le port d’armes est interdit, selon le communiqué du gouvernement. Selon les analystes, l’introduction d’un état d’urgence permettrait également au gouvernement de limiter l’accès à la frontière aux médias et aux ONG aidant les réfugiés et qui accusent les forces de l’ordre polonaises des «pushback» des migrants vers la Biélorussie.

Le président Andrzej Duda a indiqué mardi après-midi qu’il analysait «en détail» la demande du gouvernement, ajoutant qu’il allait prendre la décision très prochainement. «Nous n’avons aucun doute que compte tenu de la situation actuelle il est nécessaire de renforcer notre frontière», a-t-il déclaré à la presse, «Nous allons tout faire pour garantir la sécurité de la Pologne».

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3000 tentatives de passage illégal au mois d’août

Après être signée par le président, la demande d’introduction de l’état d’urgence doit être approuvée par le Parlement où les conservateurs ne disposent que d’une majorité instable de quelques députés.

Le ministère de l’Intérieur a fait état d’environ 3000 tentatives de passage illégal de sa frontière avec la Biélorussie au mois d’août. Selon le ministre Mariusz Kaminski, le régime de Minsk a, en l’espace de quelques semaines, fait venir sur son territoire environ 10.000 Irakiens pour les diriger sur la frontière avec la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. Mariusz Kaminski a parlé de potentiels «réservoirs de migrants» en Turquie, au Liban et en Russie. Par ailleurs, il a averti de la situation «possiblement incroyablement tendue» à la frontière lors du prochain exercice militaire russe Zapad-2021, qui doit engager quelque 200.000 soldats sur les territoires russe et bélarusse, dont «une douzaine de milliers de soldats russes à proximité de la frontière (polonaise), à Brest».

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En Pologne, la crise migratoire dénoncée par le gouvernement nationaliste-conservateur a surtout le visage d’une trentaine de migrants, probablement des Afghans, bloqués dans un campement de fortune entre le Bélarus et la Pologne, qui refuse de les laisser entrer sur son territoire alors que des ONG, des bénévoles et des membres de l’opposition leur portent assistance. Le gouvernement reste intransigeant, même après des appels de l’Office onusien pour les réfugiés, du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’homme. Le premier ministre Mateusz Morawiecki a clamé récemment la nécessité de protéger «le territoire polonais sacré».


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