Le travail en prison est-il efficace pour lutter contre la récidive ?

Le travail des détenus n’est plus obligatoire depuis 1987 mais il est légalement demandé aux centres de détention d’offrir cette possibilité à toute personne incarcérée. Si le travail est proposé, reste-t-il efficace pour faciliter leur réinsertion ?

Microsoft, Airbus ou encore Vinci… Ces sociétés pourraient s’ajouter à la liste des entreprises qui ont choisi d’employer des détenus. L’argument principal lorsqu’une société a recours à ce type d’embauche est d’aider les prisonniers à mieux s’insérer dans la vie active. Cette pratique permettrait de réduire le risque de récidive bien que, dans les faits, son efficacité reste à prouver.

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En 2018, sur 70.000 personnes incarcérées, 19.000 disposaient d’un emploi en détention. D’une manière générale, «le travail pénitentiaire a évolué plutôt à la baisse au cours de ces 20 dernières années», rappelle Paule Gonzales, journaliste au service société du Figaro. «En 2008, 600 entreprises donnaient du travail en détention. Dix ans plus tard, il n’y en avait plus que 300. Et aujourd’hui, on remonte la pente avec environ 450 entreprises». Une baisse des embauches qui pourrait s’expliquer par la crise économique de 2008, selon la journaliste.

Le travail en prison mis en avant pour «l’après»

D’après l’article art. 26.3 des Règles pénitentiaires européennes, le travail en prison doit «permettre, dans la mesure du possible, d’entretenir ou d’augmenter la capacité du détenu à gagner sa vie après sa sortie de prison». Le but étant d’accompagner les prisonniers, leur permettre d’accéder à un emploi et un revenu stable, une fois leur peine purgée. Une étude menée par le ministère de la Justice datant de juillet 2021 souligne que l’instabilité peut être «associée à un sur-risque de récidive». À l’inverse, «le travail en prison réduit légèrement la probabilité de récidiver

Lutter contre la récidive et surtout la précarité

C’est dans cette démarche que le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a intégré des objectifs concernant le travail carcéral, dans la loi pour la confiance dans l’institution judiciaire. Parmi eux, «favoriser la réinsertion professionnelle, renforcer les droits liés au travail et améliorer l’image du travail pénitentiaire». Des mesures nécessaires, d’après une étude publiée en 2007 qui alerte sur le fait que «l’Administration Pénitentiaire est en train de faire du travail un instrument pour combattre la pauvreté, un des critères prioritaires de classement devient l’indigence du demandeur et non son avenir professionnel». Paule Gonzales rappelle que l’enjeu est là : «Éric Dupond-Moretti insiste et espère qu’il permettra de lutter contre la récidive parce qu’en fait on lutte un peu contre la précarité.»

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