Ligue 1 : Bordeaux-Marseille, un classique à l’ombre du Covid

Sans une majeure partie de leur effectif et dans un stade vide, les Girondins vont tenter de préserver 44 ans d’invincibilité contre l’OM ce vendredi, en ouverture de la 20e journée de Ligue 1 (21h).

C’est l’histoire d’un match pas comme les autres. «On ne joue plus le match, on joue l’invincibilité pour les Bordelais et la gagne pour les Marseillais», résume ainsi Alain Giresse avant le choc choisi par la Ligue pour donner le coup d’envoi de la phase retour ce vendredi (21h). Chaque année, les Girondins jouent une partie de leur saison contre l’OM, qui n’est plus venu gagner en terre girondine depuis maintenant 44 ans. «C’est une particularité rare, note Giresse, qui a partagé sa carrière entre les deux clubs. On peut trouver des derbys, des matches à enjeux mais là… l’enjeu est unique dans le championnat. C’est tout ce qu’il y a autour de ce match. C’est tout ce qui importe aux Girondins : attention à ne pas se faire battre par les Marseillais, comme depuis 1977.»

Match de l’année pour une majorité de Bordelais, le choc est pourtant entaché par la vague de Covid-19 qui touche l’effectif du club girondin, qui s’est présenté avec une équipe très rajeunie à Brest en Coupe de France dimanche (3-0). «Je suis en colère car depuis trois semaines on a eu 21 cas positifs, s’est emporté Admar Lopes, le directeur sportif girondin, ce jeudi. Ce n’est pas normal car on n’a pas eu la préparation adéquate pour un match de cette importance.»

Alors que le club était encore suspendu aux résultats de nouveaux tests jeudi soir, la rencontre demeure maintenue par la Ligue, qui a dévoilé un protocole allégé pour répondre à l’explosion de cas de coronavirus. Et si Lille-Lorient et Angers-Saint-Etienne ont d’ores et déjà été reportés, Bordeaux-Marseille devrait bien se tenir, en dépit de la farouche volonté des Girondins de reporter la rencontre.

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«L’histoire de cette rencontre n’est pas respectée»

«Le nouveau protocole de la Ligue n’est pas prévu pour une situation comme la nôtre, a regretté Admar Lopes, remonté contre les instances dirigeantes du football français. On a des joueurs qui ne veulent pas jouer ce match. (…) Les joueurs sont les acteurs du football, et personne ne respecte leur état physique et psychologique.» Pour ce match doublement capital – 17e au classement, Bordeaux pourrait plonger dans la zone rouge à l’issue de la journée, Vladimir Petkovic a ainsi annoncé qu’il ferait appel à sept joueurs du centre. «C’est inutile de faire des spéculations, il faut être réalistes. Pour le moment, la réalité, c’est qu’on va jouer ce match», a déclaré le technicien suisse alors que sa direction n’écarte pas un éventuel forfait devant l’ampleur des dégâts, sachant que six joueurs positifs mais asymptomatiques pourraient fouler la pelouse du Matmut Atlantique. Pour couronner le tout, la rencontre se jouera à huis clos.

«Notre club n’est pas respecté, l’histoire de cette rencontre n’est pas respectée», enrage le directeur sportif bordelais. Tout porte ainsi à croire que ce classique du championnat de France va donc se disputer dans des conditions regrettables. D’autant qu’en face, l’OM se présentera également avec un groupe affaibli par plusieurs cas de Covid-19, mais l’identité des joueurs positifs demeure secrète. Et le club phocéen compte bien disputer la rencontre puisqu’il aurait fait pression sur la LFP pour bien s’en tenir à son protocole, comme l’a révélé La Provence dans son édition de jeudi.

Occasion unique pour Marseille

Et pour cause, le moment apparaît alors opportun pour l’OM de mettre fin à la malédiction, d’autant que Bordeaux est trop rarement souverain sur ses terres (1 victoire en 10 matches à domicile cette saison). «C’est l’occasion ou jamais pour l’OM, convient Giresse, qui n’a guère pu goûter à cette rivalité du temps de ses années bordelaises (1970-1986), où l’OM végétait parfois en deuxième division. Maintenant, les joueurs de Bordeaux savent que ce match a une importance considérable pour les supporters

Traditionnellement survoltés par ce rendez-vous, les supporters seront privés de leur voix ce vendredi. Les Ultramarines 1987, principal groupe de supporters girondin, qui avaient déjà annoncé leur boycott de la rencontre en raison du retour des jauges, ont ainsi donné rendez-vous aux supporters du club à 18h30 devant le stade si la rencontre devait se tenir, sans donner plus de précisions sur la nature de leur action. «Rajoutez à cela un contexte sportif plus que délicat où chaque point compte et vous obtenez un baril de poudre prêt à exploser», promettaient-ils dans un communiqué mercredi, avant «cette rencontre déchaîne les passions comme aucune autre».

Un cocktail explosif qui pourrait donc faire les affaires des Olympiens, qui reprendraient provisoirement la place de dauphin en cas de victoire. «C’est important de casser cette malédiction. Si c’est nous, ce serait très bien, s’est ainsi enthousiasmé l’attaquant marseillais Amine Harit. Ce serait une belle anecdote qui donne du piment à ce match.» Comme s’il en manquait…