«Macron a tout mon soutien» : l’ex-LR Sonia Backès, cheffe de file de la droite en Nouvelle-Calédonie, rallie le chef de l’État

ENTRETIEN – «Si la Nouvelle-Calédonie est restée française, c’est grâce à l’engagement d’Emmanuel Macron», estime la présidente (ex-LR) de la province Sud, un mois après la victoire du «non» au référendum sur l’indépendance.

Cheffe de file de la droite non-indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, Sonia Backès annonce au Figaro son ralliement au chef de l’État pour la présidentielle d’avril. «Si la Nouvelle-Calédonie est restée française, c’est grâce à l’engagement d’Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu», son ministre des Outre-mer, estime la présidente (ex-Les Républicains, LR) de la province sud de l’archipel.

Lors du troisième et dernier référendum organisé dans le cadre de l’accord de Nouméa, le 12 décembre dernier, le territoire du Pacifique a voté contre l’indépendance (95,5% de non) sur fond d’abstention historique (56,1%), les indépendantistes ayant appelé à ne pas participer.

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LE FIGARO. – Victorieux à l’issue du dernier référendum en Nouvelle-Calédonie, les non-indépendantistes se divisent à trois mois de l’élection présidentielle, entre ralliements à Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Éric Zemmour ou Emmanuel Macron. Qui soutiendrez-vous ?

SONIA BACKÈS. – J’ai rencontré les principaux candidats. Emmanuel Macron est le seul à posséder une réelle connaissance du dossier calédonien. Il a eu le courage, sous son quinquennat, d’aller jusqu’au bout des trois référendums, sans jamais céder au chantage des indépendantistes (qui voulaient reporter le dernier scrutin à l’après-présidentielle sur fond de crise sanitaire, NDLR).

Il a une vision pour notre territoire avec son projet d’axe indopacifique, qui place la Nouvelle-Calédonie au centre d’une ambitieuse stratégie nationale. Il a tout mon soutien pour l’élection présidentielle.

Emmanuel Macron a eu le courage, sous son quinquennat, d’aller jusqu’au bout des trois référendums, sans jamais céder au chantage des indépendantistes.

Sonia Backès

Vous avez pourtant longtemps contesté ses propos de 2017 sur la colonisation, «crime contre l’humanité» en Algérie. Pendant que la plupart des LR le soutenaient au second tour face à Marine Le Pen, vous aviez refusé de donner de consigne de vote. Pourquoi ce revirement ?

La déclaration sur le «crime contre l’humanité» avait été vue comme un risque dans ma famille politique, alors que l’accord de Nouméa reconnaît à la fois les «ombres» et les «lumières» de la colonisation en Nouvelle-Calédonie. Il faut comprendre que notre combat pour la France nous prend aux tripes. Nous, Calédoniens, n’avons pas d’ailleurs. Nous avions peur de tout perdre. Mais le chef de l’État a beaucoup appris de notre territoire. Il y a passé du temps et il a pris des risques. Si la Nouvelle-Calédonie est restée française, c’est grâce à l’engagement d’Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu (le ministre des Outre-mer, NDLR). Ils ont réalisé des choix forts et ont tenu les promesses qu’ils ont faites aux Calédoniens.

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Les responsables de votre ancien parti, LR, ont pourtant accusé Emmanuel Macron d’abandonner la Nouvelle-Calédonie, en déplorant qu’il ne s’exprime pas en faveur de son maintien dans la France à l’approche de l’ultime référendum…

Personne ne peut affirmer qu’Emmanuel Macron nous aurait laissés de côté. Depuis cinq ans, l’État ne cède plus aux pressions des indépendantistes. Il tient un discours de vérité sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie et sur les conséquences du projet indépendantiste. Surtout, les Calédoniens qui souhaitent rester Français ne sont plus abandonnés à leur sort comme avant. Le meilleur exemple de ce soutien a été l’expression de la solidarité nationale lors de la crise sanitaire. L’accompagnement financier, matériel et humain de l’État a été exceptionnel.

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Par manque de courage ou absence d’intérêt pour notre avenir, certains dirigeants, y compris de droite, ont longtemps laissé tomber la Nouvelle-Calédonie. Jacques Chirac a gelé le corps électoral pour le référendum, favorisant les indépendantistes, en imposant en 2007 une révision constitutionnelle votée par Valérie Pécresse, alors députée. Emmanuel Macron, lui, nous a donné des preuves d’amour. Je suis de droite et je reste de droite, mais je considère qu’il est le meilleur candidat pour la Calédonie et pour la France.

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Une période de transition post-référendaire est ouverte jusqu’en juin 2023, pour réfléchir à un nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie. Quelles doivent être les priorités ?

Il faut revenir aux fondamentaux. Demain, les Calédoniens de cœur ou de naissance doivent avoir les mêmes droits que ceux qui habitent l’archipel depuis plus longtemps. Il faut donc revenir sur le gel du corps électoral. Afin de diversifier notre économie, nous devons valoriser nos atouts au-delà du nickel : le développement de l’axe indopacifique nous offre des perspectives de croissance.

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Nous devons aussi revoir nos institutions locales pour gagner en efficacité de décision. Pour cela, il faut donner une plus forte autonomie aux provinces pour traiter enfin des vrais sujets du quotidien des Calédoniens. Cette nouvelle organisation devra favorisera notre capacité à vivre ensemble. C’est un objectif à long terme et c’est le meilleur émissaire de paix et de croissance pour la Nouvelle-Calédonie.

À la fin de la période de transition (…), nous demanderons que l’État fasse la requête auprès des Nations unies pour retirer la Nouvelle-Calédonie de la liste des territoires non autonomes.

Sonia Backès

L’État doit-il demander aux Nations unies de retirer l’archipel de sa liste des territoires non autonomes, c’est-à-dire à décoloniser ?

Le futur statut de territoire sera négocié avec les indépendantistes. À ce sujet, c’est aussi à eux de nous indiquer quelle est leur vision pour le futur, y compris au sujet du droit à l’autodétermination. Mais nous n’accepterons plus de boucher l’horizon des jeunes Calédoniens comme cela a été fait depuis 30 ans. À la fin de la période de transition, même si le droit à l’autodétermination persiste, nous demanderons que l’État fasse la requête auprès des Nations unies pour retirer la Nouvelle-Calédonie de la liste des territoires non autonomes.