«On va essayer de se faire plaisir quand même !» : face à la cinquième vague, les Français s’adaptent pour Noël

Les cas positifs qui se multiplient ont beau bouleverser les plans pour certains, ils n’empêcheront de célébrer les fêtes, y compris pour les covidés eux-mêmes qui s’apprêtent à passer un Noël solitaire.

Un élément surprise s’est ajouté à la liste de Noël en cette fin d’année. Entre la bûche et les cadeaux, le test PCR est devenu l’incontournable. «Cela fait une demi-heure que j’attends», râle Marina, qui avait pourtant «pris rendez-vous» pour ce jeudi matin. Cette résidente du 12e arrondissement parisien ne sait toujours pas si elle pourra célébrer les fêtes en famille, comme prévu, sur la Côte d’Azur. «Le départ est prévu demain, on croise les doigts !». Devant la tente rouge installée rue de Charronne, la file de près de 100 mètres ne désemplit pas. «Vous aussi, c’est pour un cas contact ? – Non, j’ai des symptômes». Dans la queue, fébriles, les habitants du 12e arrondissement, emmitouflés dans leurs écharpes, attendent le verdict pour passer un Noël serein.

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Car la cinquième vague vient chambouler la fête, une fois de plus. À J-3, c’est la ruée dans les laboratoires français, où le rythme est parvenu à près de 900.000 tests antigéniques et PCR quotidiens. Après des fêtes sous invectives incessantes des autorités l’année passée, les Français espéraient enfin un hiver serein. Las ! «Le Covid a bouleversé Noël», se désole Matthieu, 41 ans. Lorsqu’il s’est senti perdre l’odorat il y a trois jours, il a tout de suite compris. Le dépistage a confirmé ses craintes. Officiellement positif depuis lundi, le père de famille a été contraint d’annuler son départ dans le Sud-Ouest. «Je suis pourtant double-vacciné, je prends mes précautions depuis deux ans, et paf ! Voilà que ça tombe au pire moment».

Les vacances, définitivement gâchées, se passeront dans son deux-pièces parisien. Comment envisage-t-il le 25 décembre ? Ce sera film en VOD, un appel en visio avec son fil de 5 ans qui, lui, s’en tire plutôt bien avec sa mère, et un bon repas commandé à domicile. «Quelque chose de simple, mais on va essayer de se faire plaisir quand même !», se résout Matthieu, bon gré mal gré. «Rien ne sert de dramatiser les choses, après tout, il y a pire».

Pire, c’est peut-être la situation de Lorraine, 26 ans. «Avec moi, tout arrive toujours en même temps», nous raconte-t-elle en riant depuis la maison familiale à Lomener, dans le Morbihan, où elle s’est isolée. «Ma télé m’a lâchée, ce qui n’arrive jamais. Mon chargeur d’ordinateur est resté à Paris… et on a volé celui de mon téléphone !». En attendant le chronopost de sa mère, Lorraine fait des tours en voiture pour charger le portable avec un bout de câble. Une amie lui dépose des courses à la porte. En attendant, la jeune fille se projette dans cette retraite forcée de dix jours. Tandis que sa famille et ses amis festoieront, elle mettra à jour ses démarches administratives, apprendra le ukulélé, explorera Netflix. «Les vacances forcées ont du bon», assure toutefois la Bretonne, optimiste malgré tout. Certes, elle ne verra pas son frère revenu des États-Unis, pas plus que sa grand-mère qui aime tant avoir ses petits-enfants autour d’elle. «Mais je ne vais pas retourner dans ma famille confiner tout le monde, cela n’aurait pas de sens», tranche-t-elle.

«On ne change rien»

Guillaume, lui, est intraitable : à sa table, c’est dépisté que l’on se présentera, ou l’on ne viendra pas. Résultat, «on devait être à quatre le soir du 24, mais on ne sera que deux : refus d’autotest de nos convives. On ne va pas se fâcher, mais famille ou pas, l’important c’est se protéger !». Si certains mettent la prudence en premier lieu, d’autres sont moins scrupuleux. La trêve de Noël, cela existe aussi en temps de crise sanitaire ! «Noël sera toujours Noël. On ne change rien, on garde tout», commente par exemple Caroline, une internaute. Et d’énumérer : «Les gros goûters bien réconfortants au coin du feu, les histoires de grand-mère le soir, la bûche au chocolat avec ses petits lutins en plastique dessus, les rires lors des parties de jeux de société…». Tout y sera pour garder intacte la magie de Noël. Comme une parenthèse dans ce monde covidé. «Quitte à mourir un jour, que ce soit d’amour», s’envole la mère de famille, lyrique.