Pourquoi la campagne de vaccination des 5-11 ans peine à démarrer

DÉCRYPTAGE – En deux semaines, seulement 1% des enfants de moins de 12 ans a été vacciné. Entre incompréhension, problème d’organisation et réticences, quelles sont les raisons qui expliquent ce chiffre ?

Entre les parents incertains, les parents réticents, et ceux qui n’ont pas toutes les informations en mains, le début de la campagne de vaccination des jeunes enfants âgés entre 5 et 11 ans connaît un démarrage poussif. Alors que l’injection d’une dose est autorisée au moins de 12 ans depuis le 22 décembre dernier -le 15 décembre pour les enfants à risque-, seulement 1% de ces jeunes a reçu une dose à la date du mercredi 5 janvier. D’après les chiffres de Santé publique France, 64.020 d’entre eux ont bénéficié d’au moins une dose sur un public potentiel de 5,8 millions. Mais alors, pourquoi la vaccination patine-t-elle réellement ? Plusieurs raisons sont évoquées.

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D’abord, de nombreux parents ne sont pas favorables à la vaccination pour leurs enfants. Matthieu par exemple, 40 ans et originaire de Saint-Chamond, ne fera jamais vacciner son fils de 7 ans, même si celui-ci devient obligatoire à l’école. Il explique sa position de deux manières : premièrement car «le vaccin n’est pas efficace» selon lui, et deuxièmement car son garçon, en ayant attrapé le Covid «était moins malade que s’il avait un rhume». D’autres redoutent les effets du vaccin sur le long terme. Comme Emmanuel, papa de trois enfants, un de six, un autre de 13 ans tout juste et un de 18 ans. Ses deux premiers se sont fait vacciner «à contrecœur», «tout simplement pour ne pas être “exclues” de la société ; de leurs écoles, de leurs activités extrascolaires, de leurs groupes d’amis…» fait-il savoir. Toutefois, il ne souhaite pas l’imposer au plus jeune «par manque de recul».

Protéger des formes graves

De nombreuses familles se posent également la question de l’intérêt de la démarche: «Pourquoi vacciner les 5-11 ans s’ils n’attrapent pas de formes graves ? Pourquoi les vacciner s’ils transmettent le Covid?», peut-on lire à la suite de notre appel à témoignages. Nous avons donc interrogé le professeur Christèle Gras-Le Guen, présidente de la société française de pédiatrie. Selon elle, la principale raison «est de protéger les enfants des formes graves, qui chez eux, se représentent par un syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (Pims) ». «Depuis le début du Covid, 400 enfants ont été admis en réanimation pour un Pims, et un décès a été répertorié car l’enfant n’avait pas été diagnostiqué». Elle invite les parents qui se posent des questions à regarder l’argumentaire publié par la société Française de Pédiatrie.

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Céline, originaire de Paris, a décidé de suivre les recommandations et a emmené sa fille de dix ans faire sa première dose dès l’annonce de l’autorisation: «Ce choix est apparu comme normal car nous nous sommes fait vacciner pour nous protéger de ce virus, comment alors ne pas envisager de ne pas protéger notre enfant de la même manière», confie-t-elle au Figaro. Elle prend alors l’exemple d’un accident de voiture : «Nous avons beau attacher notre ceinture de sécurité, avoir des airbags dans nos voitures, cela ne nous empêche pas d’avoir un accident de voiture, d’être accidenté(e), pire de mourir. Le vaccin, c’est pareil.»

Des délais de mises en place

La mère de famille n’est pas la seule à vouloir vacciner les plus jeunes de la famille. Le Docteur Legrand, médecin généraliste à Tourcoing, a noté après du Figaro avoir eu des demandes de vaccination «tous les jours». Mais d’autres problèmes ont été constatés sur le terrain par le médecin généraliste et qui l’ont empêché d’y répondre les deux dernières semaines : «La procédure inscrite par le ministère n’était pas réalisable». «Pour vacciner les enfants de moins de 12 ans, il faut des vaccins Pfizer pédiatriques», commence-t-il par détailler. «On fournit alors l’autorisation parentale, qui doit être signée par un seul des parents (depuis ce jeudi 6 janvier, l’autorisation des deux parents est obligatoire NDLR), et on lui propose Trod – examen sérologique pour savoir si l’enfant a déjà eu le Covid-19, ce qui pourra limiter le nombre de doses».

«Or, il n’y avait pas de livraison de Trod, et on ne pouvait pas prendre le risque de faire signer aux parents et de ne pas le réaliser sans engager sa responsabilité», continue le médecin. Mais la situation s’est débloquée ce matin, et une solution a été trouvée, conclut-il. Effectivement «il a fallu le temps d’organiser des centres de vaccination, des files pédiatriques spécifiques, de former les gens à la réalisation des Trods… Il ne suffit pas de dire le 22 décembre «on vaccine» pour que cela se fasse dans l’instant», fait valoir le Dr Christèle Gras-Le Guen.

L’important maintenant, d’après le professeur, est que les parents puissent échanger avec le médecin de la famille : «Il faut poser les questions, échanger, avoir l’avis de son médecin de confiance». Alors que l’autorisation ne date que de deux semaines, ces médecins n’étaient pas forcément disponibles. D’autant que «les Français étaient dans leurs cadeaux de Noël et dans les sapins, vacciner les enfants n’était pas une priorité», conclut le Dr Christèle Gras-Le Guen.