Spectacle, suspense et gros chèque : cinq raisons de suivre la finale du SailGP à San Francisco

Samedi et dimanche, les huit catamarans volants du circuit SailGP s’affrontent à l’occasion de la dernière étape de la saison, entre le Golden Gate et Alcatraz. Spectacle et frissons garantis selon Franck Cammas.

Les multicoques onshore les plus rapides au monde

«Que vous connaissiez ou non les régates ou les bateaux volants, vous ne vous ennuierez pas. Le spectacle est immédiat, la magie opère tout de suite». Samedi soir (à partir de 22h sur Canal+ Sport), Franck Cammas sera devant sa télé pour suivre la finale du SailGP, circuit de régates en flotte onshore (près des côtes) disputées en F50, le catamaran volant le plus rapide du monde, version évoluée de celui barré par le marin français lors de la Coupe de l’America 2017. «Ce sont des bateaux qui dépassent les 50 nœuds (92,6 km/h). Cela donne des images magnifiques avec une vraie impression de vitesse devant l’écran, ce qui est rare et difficile à faire en voile», poursuit l’Aixois, consultant régulier de l’épreuve pour Canal+ (ce week-end, Thierry Fouchier sera en cabine avec la journaliste Hélène Cougoule). Participent à ce circuit de huit épreuves : les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne, le Danemark, la France, l’Espagne et le Japon. Le Canada et la Suisse viendront compléter le plateau pour la prochaine saison (2022-2023) qui débutera mi-mai aux Bermudes.

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Des courses intenses formatées pour la télé

«La voile a perdu de son pouvoir d’attraction auprès du grand public. Les modes de consommation ont changé, les gens ne veulent plus passer quatre ou cinq heures devant leur télé à regarder un sport. Pour nous, il était assez clair qu’il fallait trouver un format pour attirer un nouveau public.» Partis de ce constat, Russell Coutts, légende de la voile néo-zélandaise et grand manitou du SailGP, et le milliardaire américain Larry Ellison ont imaginé un show concentré, calibré pour la télé. «Il y a trois courses par jour le samedi et le dimanche. Ce sont des sprints très courts et intenses d’une durée de 15-20 minutes. Au final, cela donne quelque chose de très rythmé sur environ 1h30, comme un grand prix de Formule 1. On ne s’ennuie pas», décrypte Cammas.

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Danger permanent et images spectaculaires

Montés sur leurs foils, les huit bateaux (tous identiques) se livrent une bataille à très haute vitesse entre les bouées. Il y a de la casse et des chavirages. À bord, les six navigants sont équipés (casque, gilet renforcé, couteau, cartouche d’oxygène et harnais) pour éviter un drame comme celui survenu en 2013 dans la baie de San Francisco lors de la Coupe de l’America (le Britannique Andrew Simpson était mort noyé après le chavirage du bateau suédois Artemis). «Oui, c’est dangereux, plante Cammas qui s’était lui même gravement blessé à un pied il y a quelques années après avoir heurté le foil de son catamaran. Il y a des contacts et tout est fait pour concentrer les bateaux dans les mêmes portes de passage. Ça se croise en permanence. Ce sont de beaux jeux du cirque, faits pour le spectacle. Mais avec une base de compétences sportives et techniques très élevée avec des marins parmi les meilleurs au monde.» A Sydney en décembre dernier, le catamaran britannique avait atterri sur son concurrent japonais, pulvérisant le flotteur de ce dernier. Cette semaine, les bateaux américain et australien ont chaviré en baie de San Francisco. «Le F50 te rend une énergie hallucinante, c’est le bateau ultime, confie le skipper français Quentin Delapierre. Tu peux jouer avec le vent à des vitesses folles et quand tu te retournes, c’est de ta faute.»

Le bateau américain a chaviré à l’entraînement à San Francisco. EZRA SHAW / AFP

Pour qui le jackpot d’un million de dollars ?

Dimanche, la 3e et dernière régate sacrera le champion de la saison 2 du SailGP. Trois équipes – les trois premières du classement général – s’affronteront pour rafler la coupe. Et le chèque d’un million de dollars réservé au vainqueur. Sacrés lors de la première saison, les Australiens sont mathématiquement assurés de disputer à nouveau la finale grâce à leur première place au classement (55 pts) tout comme leurs dauphins américains (53 pts). Les Japonais (51 pts) tiennent la corde pour arracher le 3e ticket. Suivent l’Espagne (43 pts), la Nouvelle-Zélande (42 pts) et la Grande-Bretagne (41 pts) qui peuvent encore rêver. Le Danemark (38 pts) et la France (35 pts), eux, sont éliminés de la course au jackpot.

Classement général avant la dernière étape

1- AUSTRALIE/ Tom Slingsby / 55 points

2- ÉTATS-UNIS / Jimmy Spithill /

3- JAPON / Nathan Outteridge /

4- ESPAGNE / Phil Robertson /

5- NOUVELLE – ZÉLANDE / Peter Burling / 42

6- GRANDE-BRETAGNE / Ben Ainslie / 41

7- DANEMARK / Nicolai Sehested / 38

8- FRANCE / Quentin Delapierre / 35

Pour voir où en sont les Bleus et Delapierre

Dernière du classement général et toujours en quête d’une première manche remportée cette saison (elle n’a gagné qu’une course d’entraînement), l’équipe française va tenter de terminer sur une bonne note entre le Golden Gate et Alcatraz, décor grandiose de cette ultime étape. L’occasion pour Quentin Delapierre de montrer ses progrès, lui qui a pris la barre du catamaran tricolore en cours de route après l’éviction de Billy Besson en septembre dernier. «Ce n’est pas évident d’arriver en pleine saison sur un bateau qu’on ne connaît pas. C’est difficile de performer immédiatement mais ça permet de préparer l’avenir, observe Cammas, confiant sur la capacité du nouveau barreur français à jouer bientôt la gagne. Au-delà de ses compétences purement techniques, Quentin a des qualités de leaders. À bord, tout se joue sur la clarté de la communication. On est poussé par le stress de la régate et la vitesse. Il faut être clair, synthétique et rigoureux. Quentin a cette approche-là. Il n’y a que des gens compétents à bord et à terre. Ça va finir par transpirer dans la perf’ et le classement». «Si on gagne une course ce week-end, ce sera un bel événement», annonce Delapierre. Et le meilleur moyen de préparer la saison 3.

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